Face à Bengrina, Finkielkraut et la « Meute » de Tipaza: le féminisme sans relâche !

Face à Bengrina, Finkielkraut et la « Meute » de Tipaza: le féminisme sans relâche !

En tant que femme algérienne, qui plus est francophone, j’ai eu l’immense “privilège” de lire et d’écouter ce qui suit en l’espace d’une seule et maudite semaine:

Je commence par l’histoire qui date du 14 novembre 2019, celle d’une jeune femme est séquestrée, violentée puis violée à tour de rôle par un groupe d’hommes à Tipaza, en Algérie. Les criminels sont interceptés par la gendarmerie puis arrêtés. La jeune femme prise en charge (physiquement, faudra repasser pour l’aspect psychologique), et la justice suit son cours. L’information est rendue publique, et là c’est le déferlement de commentaires ignobles sur les réseaux sociaux: slut-shaming, apologie du viol, sotties, moqueries, la plupart dits sous couvert de leçon de morale et de religion.

Voici ce à quoi nous avons à faire face, même quand nous avons la « chance » de voir les criminels arrêtés, même quand les preuves sont là et qu’on doive nous croire. Au final, rappelle toi, femme, que si tu es violée ou agressée, c’est que tu l’as bien cherché, d’une manière ou d’une autre. A 3h du matin (prétendument) avec ton copain sur la corniche… tu cherches la liberté, l’amour, ou peut-être de l’intimité avec ton bien-aimé et tu repars violée à multiple reprises et violentée par un groupe d’hommes? TU L’AS EVIDEMMENT CHERCHÉ. Ton époux t’as battue ? Mais…que lui as-tu donc fait pour qu’il perde son sang froid?! Quoi que tu fasses (ou pas) ce serait donc de ta faute, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Pourquoi parlons-nous de cela en fait? Le jugement est tombé, il est bien connu d’ailleurs. Tu déshonores la société droite et bien pensante, tu ne peux donc que mériter ce qui t’arrive. Culture du viol, ô culture du viol, de tout temps tu as choisi ton camps et tes coupables.

Manifestation à Rabat le 17 mars 2012 pour dénoncer la mort d’Amina El Filali. / Ph. AFP

Je saute sans transition à l’intervention de l’écrivain Alain Finkielkraut, en roue libre le 13 novembre sur LCI face à Caroline de Haas. Un échange sur le viol et l’affaire Polanski. Je cite l' »intellectuel » « VIOLEZ VOS FEMMES, VIOLEZ-LES, MOI JE VIOLE LA MIENNE TOUS LES JOURS. » C’était censé être, selon Nicolas Pujadas, « du second degré ». Il faudrait visiblement accepter du second degré sur le… viol. Un autre intervenant, cette fois-ci sur FranceInter le 12 novembre dit, je cite  » Je suis allé voir le film de Polanski juste pour embêter les féministes ». Renouer avec des artistes violeurs et agresseurs avérés serait non seulement normal, mais ce seraient des sottises de féministes que de ne pas vouloir dissocier l’homme de l’artiste. Woody Allen, Bill Cosby, Betrand Cantat, Saad Lemdjared, Cheb Mami… nous continuons de vivre dans des sociétés qui regardent ailleurs quand on nous violente, viole, séquestre, tue.

De gauche à droite, en partant du haut: Roman Polanski, Cheb Mami, Saad Lemdjered, Woody Allen.

Je reviens là à l’Algérie, ou plus précisément à la scène « politique » algérienne, avec l’histoire d’un -pseudo- candidat aux élections-mascarades algériennes  (à 0% de Valeur Ajoutée) au nom de Abdelkader Bengrina, qui prend les femmes comme cheval de bataille de son “programme” (inexistant). Au rendez-vous: florilège de bêtises, de fausses informations et d’inepties, qui malgré le “non-évènement” que représentent ces élections et leur rejet de la part d’une bonne partie de la population, sont diffusées tout azimuts à la TV, à la radio, et sur les réseaux sociaux. La violence politique que cela représente vient s’ajouter à un climat à la base défavorable au respect et à la promotion des droits des femmes, leur émancipation et leurs libertés individuelles. Même si ce piètre personnage est décrié par quasiment tout le monde, ce matraquage médiatique ne sera sûrement pas sans conséquence sur la l’inconscient collectif, précisément sur les groupes les plus enclins à adopter ce types de pensées et de discours.

Étant visiblement bien loties cette année, nous comptons également un autre imposteur parmi ces candidats, Abdelmadjid Tebboune qui surfe sur la vague de l’égalité des sexes. Ce serait notre sauveur, il jure et promet de la consacrer (chose prétendument déjà faite). Plus amusant encore, on devrait le croire! Lui qui n’a JAMAIS montré d’intérêt à cette question de près ou de loin, et lui, homme avéré du système Bouteflikiste que femmes et hommes du Mouvement populaire ont déjà réfuté clairement. On joue avec l’égalité et l’équité en mode khorti, parce qu’on ne risque rien. Si on peut « duper » quelques femmes par-ci par-là pourquoi pas, car évidemment elles sont « dupables », elles sont femmes voyons.

C’est ainsi qu’en connaissances de tous ces faits, qui sont à ce stade quasiment anecdotiques tant ils sont récurrents et normalisés, il semblerait tout de même qu’on doive, nous femmes, faire preuve de patience, être raisonnables, compréhensives, pas trop agressives au risque d’être… misandres! Nous ne porterions, dés lors, que maladroitement (selon messieurs) « notre cause ». Attention donc! Hausser le ton, perdre son sang froid, dire un jour après un enchaînement de violences en tous genres « men are trash », ressentir ou exprimer un tantinet de « haine » ou de frustration serait «contre-productif pour notre cause ».

Bizarrement, il semblerait que ces bien pensants savent TOUJOURS quoi et comment faire, dommage qu’ils ne puissent pas le faire eux mêmes … ah mais oui c’est « notre cause » pas la leur.  Et puis de toutes manière c’est une histoire de feminazis, on sait toutes et tous que les « vraies femmes », elles, se taisent, ou au moins ne font pas trop de bruit, chut ça chahute et on n’aime pas ça. 

Enfin…J’ai le coeur lourd. Je suis meurtrie par ce qui nous arrive collectivement. Hélas pour moi/nous, nous n’avons pas le droit au répit, c’est du 365j/365. Et bien que mon espoir de voir un meilleur lendemain, surtout pour les femmes et filles de ce pays s’amoindrissent, ma determination à resister et à changer ce que je peux s’accroît, paradoxalement.

Dans une dizaine de jours c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, qui marque le début de la campagne internationale menée à ce sujet: MOBILISONS-NOUS. Où que nous soyons, parlons-en, protestons contre toutes les formes de violences mais surtout, contre la culture du viol et de l’impunité sociale. Car oui, tu peux être survivant-e et même obtenir « justice » légalement parlant, mais le poids du jugement de la société est souvent insoutenable.

Face aux violences physiques, sexuelles, verbales, politiques et institutionnelles; face à Bengrina, Finkielkraut et la « Meute » de Tipaza doit se dresser un féminisme organisé, actif, inclusif et …infatigable!

Algérie: du blabla en rose un mois d’octobre.

Algérie: du blabla en rose un mois d’octobre.

(Disclaimer: un grand merci à tous les médecins, étudiant-e-s en médecine et autres personnes & collectifs qui essayent de faire ce qu’ils peuvent avec leurs moyens pour faire en sorte qu’#octobrerose soit plus que du blabla tout rose.)

Le cancer du sein est le cancer le plus commun et le plus mortel chez les femmes. Chez les femmes & hommes confondus, c’est le deuxième plus répandu après le cancer du poumon.* En Algérie, on enregistre plus de 12.000 nouveaux cas chaque année, selon l’APS. Suis-je en train de vous écrire un nième article sur ce qu’est le cancer du sein et la nécessité du dépistage précoce & l’autopalpation ? Non non, il y en a assez je pense 🙂 (en voici un qui est assez complet d’ailleurs.)

Cela fait un mois que j’entends de tout (et n’importe quoi) sur le mois « octobre rose », à mesure que les publications et les photos passaient, je ressentais un mélange de colère et d’impuissance. Le marketing « rose » à outrance sous couvert de campagne de sensibilisation, les publications sans grands sens, le tapage médiatique, pas forcément accompagné de mesures utiles, les actions qui ne dépassent pas les grandes villes…

Et voilà que je me rappelle d’une intervention d’un Professeur (dont j’ai oublié le nom, vous m’en excuserez ) il y a 15 jours environs à la Radio Chaîne 3. Sans grande SURPRISE il y dresse un tableau plus que sombre sur le sujet, sur les centres anti-cancer, sur la situation socio-économique mais aussi psychique des femmes auxquelles on détecte un cancer du sein et leur destiné etc., ainsi que sur l’étendu du « tiriberkisme » en termes de PRÉVENTION en Algérie. Le constat est là: défaillances à tous les niveaux, lourdes factures.

Ce constat est bien évidemment repris à maintes reprises par les professionnels de la santé, comme c’était le cas du chef de service d’épidémiologie et médecine préventive à l’Etablissement hospitalo-universitaire (EHU) d’Oran, Nori Midoun, dans cet article qui date de février dernier. Clairement, sans RÉELLE VOLONTÉ POLITIQUE, sans plan national avec moyens attribués à ça, on n’ira pas bien loin, et ce n’est pas moi qui le dit (même si c’est assez intuitif) ce sont les professionnels de la santé.

Alors, oui c’est bien de dire une fois de l’an aux femmes d’aller faire un dépistage, et de l’auto-exploration, mais le reste doit SUIVRE ou plutôt précéder si j’ose dire.
Manque d’informations & manque de moyens font que beaucoup de femmes en Algérie, même sensibilisées et voulant agir ne savent pas vers quelles structures se diriger. Pour certaines, même quand ces informations sont disponibles, ces structures sont débordées et ne peuvent les accueillir. En milieu rural & saharien la situation est plus grave.

D’ici là, nos femmes continueront à succomber à une maladie, qui dans certains cas peut être traitée convenablement. Si elles n’y succombent pas, elles y laisseront leur(s) sein(s). Mais ce n’est pas si important que cela n’est-ce-pas?

Pour l’accompagnement psychologique des malades il faudra repasser (pour ce cancer ou tout autre d’ailleurs). Pour l’appui aux femmes abandonnées par leurs époux après qu’on leur ait détectées un cancer du sein, il faudra attendre un peu plus…qu’est-ce que 4.000 femmes/an abandonnées à leur sort après tout? (chiffres présentées par l’association Amel, 2014).

Cancer du sein : en Algérie, des femmes rejetées par leur mari
Linda a été abandonnée par son mari après une ablation du sein due à la maladie. 
RYAD KRAMDI AFP

Cela nous rappelle une nième fois que dans les pays qui se respectent, ou plutôt, dans les pays qui sont régis par des Gouvernants au service de leurs peuples, la vie humaine a un sens, la conscience professionnelle et la responsabilité politique aussi.

Dans un pays qui se respecte, on ne se vente pas des années d’avoir des reserves de change élevées alors que les services publics sont totalement défaillants. Dans un pays qui se respecte, avec des Gouvernements qui sont à leur place pour les bonnes raisons et par des biais démocratiques, les plans nationaux anti-cancer sont un « must », la santé publique est un axe primordial & prioritaire du Gouvernement, et la dignité humaine est au coeur des préoccupations.

Dans un pays qui se respecte, on suit sa population, on analyse, on planifie, on convoque, on sensibilise, on attribue les budgets adéquats… et dans d’autres, on en vient à essayer de faire gagner des dépistages gratuits par des cliniques en collaboration avec des influenceuses sur les réseaux sociaux.

Par les temps que nous traversons, et un Hirak qui vit ses moments les plus intenses, puissions-nous nous rappeler de la ô combien nécessaire convergence des luttes. Puissions-nous nous rappeler que le secteur de la santé, aux côtés de la justice et de l’éducation est le grand malade et la grande victime du régime actuel. Les Algerien-ne-s méritent mieux que ça, nous méritons mieux que cela.

Soumeya LERARI.

*https://www.wcrf.org/dietandcancer/cancer-trends/worldwide-cancer-data

10 bonnes raisons de parler des menstruations (beaucoup) plus souvent

10 bonnes raisons de parler des menstruations (beaucoup) plus souvent

Il y a de cela quelques jours, une page irakienne traitant des droits et du statut des femmes irakiennes dans la société avait partagé un sorte de « challenge » pour faire parler davantage des menstruations: en parler, les comprendre et les célébrer.

J’ai vu cela passer sur ma timeline plusieurs fois, et me suis délectée à lire les commentaires qui variaient fortement. Tout y était, ceux des partisan.e.s de « l’hechma » (pudeur) qui s’indignaient qu’on en parle car que cela relèverait de l’intimité des femmes, ceux qui évoquaient le ras-le-bol de la stigmatisation de ce phénomène pourtant naturel, et enfin ceux qui disaient qu’on avait mieux à faire que de parler de cela.

C’est drôle, il y a toujours quelqu’un pour vous dire qu’il y a un sujet plus important à traiter. Pourtant nous sommes bien 40 millions d’Algérien.ne.s et plus 7 milliards de personnes sur terre, alors je pense qu’on devrait pouvoir quand même traiter tous les sujets qui concernent les habitants de cette planète. Et puis au pire, si cela ne vous paraît par pertinent, c’est peut être justement que vous n’êtes pas concerné.e.s en premier lieu? Ou que vous êtes incapables d’empathie envers une cause qui ne vous touche pas forcément?

Enfin bref! Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi il y a autant de tabous autour des menstruations ou d’essayer de comprendre les croyances mystiques qui en ont fait une base de discriminations envers les filles et les femmes, je vais plutôt vous donner 10 bonnes  raisons qui font que cette stigmatisation et cette fausse hachma soient non pas seulement inappropriés mais aussi dangereux.  Allons-y!

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Raison #1: Beaucoup trop de jeunes filles/femmes se retrouvent dépourvues d’informations objectives sur les changements qui s’opèrent dans leur corps, et les conséquences qui y sont liées

On 
connaît toutes cet « awkward talk » que les mamans/tantes etc doivent avoir à un moment ou un autre avec leurs filles à propos des menstruations.  Les plus privilégiées d’entre-nous ont eu des explications « scientifiques » complètes sur ce que nous allions expérimenter  et de ce que cela impliquait physiquement, émotionnellement et socialement.  Les plus chanceuses ont aussi eu droit à un cours de science bien présenté sur cela, ainsi que la possibilité de pouvoir poser des questions, avoir un soutien constant, et pouvoir consulter un médecin assez tôt en cas de soucis.

Mais voilà, cela relève encore du privilège, du luxe et de la chance. Ce qui veut dire que des millions de filles ont, au mieux,  droit qu’à un petit discours/cours à la va-vite et au pire même pas cela. Conséquences? Cela instaure très rapidement un sentiment de honte et d’auto-dégoût chez les adolescentes, surtout pendant les premiers mois où celles-ci ne savent pas totalement comment gérer les changements hormonaux qui surviennent, et leurs impacts sur leur corps et leurs émotions. Mais aussi des complications liées au manque d’hygiène. Une hygiène que beaucoup n’apprennent jamais à mener, et qui peut avoir de lourdes répercussions sur leur santé.

Le regard de la famille et de la société (car on devine un peu quand cela arrive) sur cette fameuse transition d’enfant à “jeune femme” étant intimement lié à cela, beaucoup de jeunes filles se retrouvent seules à affronter des moments qui sont pourtant critiques pour leur développement physiologique et psychologique. Dans les milieux les plus reculés et les plus conservateurs, cette transition est même lourde de sens et de répercussions en termes de limitation des libertés individuelles et d’obligations qui s’imposent.

 

Raison  #2: Cela alimente les stéréotypes dégradants et sexistes envers les femmes 

Un sujet tabou fait qu’on en parle peu, ou même pas du tout et qu’on diabolise et attaque celles et ceux qui le font. Dans ce cas précis, cela rend la tâche des éducateurs/trices et des familles encore plus difficile,et davantage quand il s’agit d’expliquer cela aux garçons. Le discours ambiant finit donc par être modelé par les aînés, par ce qui se dit sur les réseaux sociaux et par des discours religieux rigoristes pas particulièrement bienveillants.

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Résultat? Cela alimente les stéréotypes dégradants et sexistes, tel que le fait de demander à chaque fois q’une fille/femme est énervée “si elle a ses règles”. Ou plus grave encore, que ces nouvelles générations de garçons, hommes de demain, viennent s’ajouter aux millions d’hommes qui sont persuadés qu’avoir ses règles chaque mois est incompatible avec le fait d’occuper des postes de  décision/de pouvoir. Excusant de ce fait notre éloignement de pleins de domaines et de positions -dont dans le religieux-.

On aimerait bien faire la sourde oreille, si ce n’est que cela a un impact directe sur l’image qu’ont les filles d’elles-mêmes, heurtant leur confiance en elles et limitant souvent leurs aspirations. Cela favorise le fait qu’elles intériorisent cette misogynie et la normalisent à leur tour.


Raison #3: Les produits d’hygiène féminine sont taxés au même titre que les produits cosmétiques ou les produits de luxe dans plusieurs pays du monde 

En effet, dans beaucoup de pays (dont occidentaux) les produits d’hygiène féminine tels que les tampons, les serviettes hygiéniques ou les coupes menstruelles sont taxés au même titre que les produits cosmétiques, les considérant donc des produits accessoires et non pas des produits de PREMIÈRE nécessité. Ce qui est une injustice en soi.

Les campagnes contre la fameuse #taxetampon menées un peu partout dans le monde (voir le cas de la Belgique et de la France)  visent à remédier à la situation, et aussi à faciliter l’accès à celles qui ont en le plus besoin: les femmes SDF, les femmes issues de foyers modestes, ainsi que dans les prisons, les centres de réfugiés etc.

 

Dans d’autres pays, comme au Kenya par exemple, on estime que plus des deux tiers des femmes ne peuvent pas se procurer ces produits en raison de leur prix.

Aux États-Unis, l’État de l’Arizona débattait il y a quelques jours d’une restriction de l’accès gratuit aux produits hygiéniques aux femmes dans les prisons (une limitation à 12 serviettes hygiéniques par mois). Il va sans dire que ce débat a été mené par… 8 hommes. 

Raison #4: C’est une des premières causes d’abandon scolaire des filles dans les pays en voie de développement 

Mêlé à l’incompréhension de ce phénomène, le manque d’accès à ces produits pousse des millions de jeunes filles à abandonner l’école ou au moins à s’absenter plus de 20% du temps (selon un rapport de l‘UNESCO), une situation assez commune en Afrique Sub-Saharienne par exemple. Des entreprises sociales tentent d’adresser ce problème, comme c’est le cas d’AFRIpads en Ouganda.


Raison #5: 
Les douleurs liées aux règles sont très peu prises au sérieux dans le milieu médical, et rendent la détection précoce de maladies (telles que l’endométriose) plus difficile

A l’instar de ce qui arrive au sein de la société où on assimile cela à de la pleurnicherie féminine, les douleurs que provoquent les menstruations chez près de 30% des femmes sont très peu prises au sérieux.  En mars 2017, le Groupe interparlementaire sur la santé des femmes du Parlement Britannique a déclaré que 40% des plus de 2 600 femmes qui ont témoigné ont déclaré avoir consulté 10 fois avant d’être diagnostiquée d’endométriose. Ce manque de compréhension fait que certaines femmes peuvent avoir des problèmes médicaux sérieux que l’on mettra sur le compte  des «problèmes de femmes», rendant les diagnostics précoces beaucoup plus difficiles. Résultat? nous mettons en danger la santé et la vie de millions de femmes à travers le monde.

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Raison #6: L’anxiété que génère la peur de se tacher pendant son cycle menstruel

La honte et la peur qu’ont les femmes et surtout les jeunes filles de se tacher et être vues de  la sorte en public semble, pour ceux qui n’ont évidemment jamais vécu cette situation, être insignifiante. Or elle est génératrice de beaucoup d’anxiété surtout chez les jeunes filles. Les hommes et garçons étant peu éduqués sur la question, ils se permettent d’apostropher celles qui pâtiraient de telle situation, au lieu de faire preuve d’un peu d’empathie et de passer leur chemin.


Raison #7: Ces “règlements stricts” pendant les examens qui ne permettent pas aux filles/femmes d’être excusées pour aller aux toilettes. 
Surtout dans le cas où les menstruations sont, comme je l’ai ‘ai mentionné plus haut “handicapantes”.

A notre grand dam, avoir ses menstruations un jour d’examen peut nous affecter négativement, y compris nous faire suspendre un examen. Au delà des douleurs  (là ce n’est que la faute de dame nature), on peut se voir refuser l’accès aux toilettes, au risque de littéralement baigner dans son sang. Cela à l’air anodin n’est-ce-pas? Eh bein cela ne l’est pas du tout, c’est non seulement grave mais c’est aussi injuste.

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Raison #8: Beaucoup de fabriquants de produits d’hygiène féminine ne trouvent pas utile de mentionner les composants de leurs produits, ni les états trouvent utile de les y obliger.

Ces zones d’ombres sur la composition de produits qui entrent en contact direct avec la partie la plus sensible du corps féminin sont très communs. Un peu partout dans le monde, de tels produits sont à l’origine (au mieux ) de cas d’allergie aigües et (au pire) de maladies et même de décès.  (voir cet article de CNN sur la question.)


Raison #9:  
C’est une raison d’absence considérée très souvent comme « non-valable » ou injustifiable en milieu professionnel 

Les femmes qui souffrent de règles (très) douloureuses au point d’en être handicapantes, ou de règles abondantes qui  les empêchent de se déplacer hors de chez elles,peuvent que très rarement pas invoquer cela comme motif d’absence/mise en disposition, ou prétendre à plus de flexibilité, comme avoir la possibilité de faire du télé-travail.

Raison #10: Cela impose aux femmes musulmanes  une « pudeur » (à mon avis) ridicule pendant le mois de Ramadan

Je comprends bien qu’il ne faille pas nécessairement crier sur tous les toits qu’on a ses règles (pas particulièrement intéressant j’en conviens), mais que cette « pudeur » imposée empêchent des adolescentes et des femmes qui ont leurs menstruations de manger tranquillement à l’école/collège/lycée, au travail ou même à la maison par peur que leurs camarades/collègues ou membres mâles de leurs familles ne les interpellent est quand même révoltante. Beaucoup d’entre-nous finissent par « jeûner » de force, ou … manger aux toilettes. Genial hein!

Alors la prochaine fois que vous vous sentez mal-à-l’aise quand on parle de ce sujet publiquement et ouvertement, sachez que le problème vient de vous et que vous n’avez pas à nous imposer votre fausse pudeur (j’insiste oui), encore moins si vous n’êtes pas concerné.e.s par ces problèmes bien réels et importants à soulever. 
Et oui, parlons-en, encore et toujours, femmes et hommes et finissons-en avec les tabous autour des menstruations

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S.L
10 moments forts pour les droits des femmes au Maghreb en 2017

10 moments forts pour les droits des femmes au Maghreb en 2017

La première semaine de 2018 vient de s’écouler et regardant en arrière, on peut constater qu’en termes de droits des femmes et de combat féministe, il y a eu globalement autant d’avancées que de régressions. Bien que les réformes continuent à faire du chemin dans bon nombre de pays (dont au sein de plusieurs pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient), et que les langues se délient chaque jour davantage, la réalité du terrain nous rattrape souvent très rapidement pour nous exposer l’étendu du chantier qui reste à entreprendre.

Mais pas de raison de déprimer car des moments forts il y en a eu en 2017, notamment au Maghreb ! Et comme je suis à peu près certaine qu’ils vous ont échappés -mais n’ont pas échappé pas à mon radar- je vous présente donc mon top 10 des actions/initiatives/campagnes pour les droits des femmes au Maghreb en 2017 (sans ordre particulier):

1. L’Adoption en Tunisie de la nouvelle loi criminalisant les violences faîtes aux femmes

En juillet,  le parlement tunisien adoptait à l’unanimité une loi pour lutter contre les violences faites aux femmes. Une loi intégrale qui prévoit la reconnaissance de toutes les formes de violences ainsi qu’une assistance juridique et psychologique aux victimes, une grande première au Maghreb. C’est d’ailleurs la première fois que les termes « viol » et « inceste » font leur apparition et sont reconnus comme tels. Néanmoins, pour beaucoup d’associations locales cette loi présente des insuffisances mais demeure un grand pas en avant pour le pays, qui doit maintenant faire en sorte que cette loi se traduise sur le terrain.

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Défilé de femmes à Tunis, le 8 mars 2014. © REUTERS/Zoubeir Souissi

2. L’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM) a organisé une rencontre – débat autour de la question de l’égalité successorale

L’ADFM a initié un long processus de réflexion et d’analyse, depuis plus de 10 ans, sur la question de l’égalité successorale à travers l’élaboration d’études multidisciplinaires et l’organisation de différentes rencontres de réflexions et de débats avec des chercheur-e-s et expert-e-s en la matière. C’est à partir des résultats de ce travail et de cette réflexion collective que l’ADFM a élaboré un mémorandum « Pour un régime successoral garantissant l’égalité et la justice » qui a été présenté lors de cette rencontre qui s’inscrit dans le cadre d’un dialogue constructif et d’un débat social large à la fois sur la nécessité de la réforme et sur les pistes pour la concrétiser.

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3. Le lancement de la campagne tunisienne:  #معادش_وحدك #MaadechWa7dek

Campagne lancée pendant les 16 jours d’activisme contre les violences faîtes aux femmes (25 novembre-10 décembre 2017) pour sensibiliser les Tunisien.ne.s sur les VFF et expliquer le rôle de la société et des autorités dans la lutte contre ces violences. (Consultez la vidéo ici)

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4. L’étude « Pour l’inclusion des acteurs locaux dans la promotion de l’entrepreneuriat féminin à Alger » réalisée par l’Association des Femmes en Economie Verte (en Algérie) 

L’AFEV a réalisé l’étude en question en partenariat avec l’IEMed et la Fondation des Femmes En Méditerranée (FFEM). Celle-ci porte sur l’entrepreneuriat féminin à Alger et les obstacles et défis rencontrés par les femmes dans la création de leurs entreprises.

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5. La Campagne contre la violence verbale et le harcèlement sexuel dans les espaces publics, menée par l’Association de l’information et de la communication en milieu de jeunes de Guelma (INFO-COM Jeunes de Guelma, Algérie)

Le but de cette campagne était de diffuser la nouvelle loi algérienne modifiée qui criminalise la violence verbale et le harcèlement sexuel dans les espaces publics, et encourager les victimes à dénoncer cette forme de violence, ce qui pourrait à terme dissuader les agresseurs et réduire le nombre de cas de violence.

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Source: Page facebook de l’association INFO-COM Jeunes de Guelma

6. De braves femmes algériennes organisent une caravane allant d’Alger à Djanet (Sud de l’Algérie) pour animer divers ateliers pour femmes et enfants

Ateliers d’écoute et de partage avec des femmes de Djanet, ateliers de sensibilisation des enfants sur les abus sexuels: Merci à Karima Ouhassine et Maya Azzegagh!

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7. Le Mouvement Féminin de la Maison  » Bouziane » (Sidi Bouzid, Tunisie) n’a rien lâché de son combat pour des emplois dignes pour les femmes de la région

Sidi Bouzid, une des villes les plus marginalisées de Tunisie connaît depuis un temps des contestations ininterrompues et solides de la part de du Mouvement de femmesالحراك النسائي بمنزل بوزيان qui a revendiqué sans relâche pendant l’année écoulée des droits absolus: l’accès à des emplois dignes et davantage d’inclusivité. Bravo mesdames!

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Source: Page Facebook du Mouvement

8. Jossour Forum des Femmes Marocaines prend vie et organise sa première action en partenariat avec l’Université de Maryland 

Jossour FFM en partenariat avec l’Université de Maryland a organisé à Rabat, une rencontre sous le thème : « Obstacles et progrès : Vers une participation équitable des femmes à la vie sociale, économique et politique -Situation des femmes au Maroc-» pour présenter son projet et ses objectifs dans ce sens.

A regarder : la participation de l’association à l’émission قضايا و آراء, à l’occasion de la journée nationale de la femme marocaine, sous le thème « La réalité de la femme marocaine à l’aube de la nouvelle constitution ».

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Source: Page facebook de Jossour FFM

9. Une caravane des femmes Soulaliyates sillonne le Maroc pour appeler à la reconnaissance de leurs droits légitimes à disposer des terres collectives

Le coup d’envoi de la caravane des femmes Soulaliyates a été donné le 24 octobre dernier à Rabat. Soutenue par l’association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), la caravane a fait escale dans de nombreuses localités (Fès-Meknès, Errachidia-Midelt et El Gharb-Chrarda) pour une vaste opération de plaidoyer et de sensibilisation. La Caravane a rencontré les autorités de tutelle et des associations locales pour susciter une dynamique nationale autour du sujet.

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Source: Page facebook de l’ADFM

Pour en savoir plus sur cette problématique et les revendications des femmes Soulaliyates au Maroc, je vous recommande cette vidéo explicative.

10. L’organisation d’actions de sensibilisation par la Commission Nationale des Femmes Travailleuses (CNFT) de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA)

Après plusieurs actions de sensibilisation sur le harcèlement sur le lieu de travail et la nécessité pour les Syndicats des Travailleurs de mettre cette problématique au centre de leurs intérêts,  la commission nationale des femmes travailleuses a organisé en décembre  au centre de formation professionnel à Tiaret une conférence débat animée par Soumia Salhi et Souad Charit membre de la CNFT de l’UGTA. Cette rencontre a permis à des femmes travailleuses de témoigner des violences sexistes dont elles ont été/sont victimes, insistant pour que ces violences notamment le harcèlement au travail soient inscrites de façon durable parmi les préoccupations syndicales.

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Source: Page facebook de la CNFT- l’UGTA

 

J’ai puisé dans l’effervescence de notre région en 2017 pour vous donner 10 bonnes raisons de croire en un Maghreb plus juste et soucieux d’atteindre l’égalité femmes-hommes, et ce n’est qu’un aperçu ! Evidemment, ca ne s’arrête pas là, nous arborons l’année de 2018 avec force et détermination, alors n’oubliez pas: plus on est nombreux/ses MIEUX ON LUTTE!

S.L

 

 

 

#NousToutes: comprendre, détecter et dénoncer les violences sexistes en Algérie et ailleurs

#NousToutes: comprendre, détecter et dénoncer les violences sexistes en Algérie et ailleurs

Photo prise lors de la manifestation anti-régime à Alger le 22 novembre 2019, où le « Carré féministe » a également commémoré le 25Novembre. Crédit: Le Journal Féministe Algérien (facebook)

A l’heure où les violences sexistes atteignent des seuils alarmants partout dans le monde*, la campagne #Metoo dénonçant les agressions sexuelles, harcèlement et abus de personnages influents dans le monde intrépide d’Hollywood avait remis sous le feu des projecteurs, en 2017, un grave problème de société: les violences faites aux femmes (Abrégé en VFF).

Depuis, la parole « se libère » un peu plus, et de plus en plus secteurs professionnels sont touchés. Aussi, différents collectifs de femmes montent aux créneaux et ce à travers le monde. L’exemple le plus récent étant la campagne #EnaZeda en Tunisie.

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Pourquoi parler de cela un 25 novembre? Simplement car le 25 novembre est la Journée Internationale pour l’Elimination des violences faites aux femmes qui marque chaque année une journée de revendications et de sensibilisation autour des violences faites aux femmes. A travers le monde, ce sont manifestations massives, ateliers, cercles de réflexion, et mobilisations mixtes comme non-mixtes qui s’organisent. Cette journée marque également le début de la campagne des Nations Unie des 16 jours d’activisme autour de cette cause, sous le slogan  et qui prend fin le 10 décembre, journée internationale des droits humains.

A

Les violences séxistes, kézako?

Avant d’être un phénomène collectif, les violences faites aux femmes dites « violences sexistes » sont d’abord des expériences individuelles et personnelles. Les procédés et les méthodes des auteurs se ressemblent beaucoup évidemment, mais l’histoire de chaque victime reste unique de par sa souffrance et l’impact sur sa vie.

Dans ce panorama, il y a certains faits clairement aggravant ces violences, tant en Algérie que dans le reste du monde:

1- Le fait que beaucoup de femmes ne soient pas toujours en mesure d’identifier les violences mêmes qu’elles subissent, tant ces dernières se sont normalisées, surtout hors violences physiques et sexuelles. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une femmes n’a pas encore décédée sous les coups de son compagnon où qu’elle ne sort pas avec un oeil au beurre noir qu’elle n’est pas violentée.

La violence à l’égard des femmes prend plusieurs formes et c’est extrêmement important de faire en sorte que les femmes puissent les reconnaître pour espérer pourvoir y mettre un terme et en sortir, en l’occurrence:

  • Les violences verbales: invitations indécentes, remarques déplacées, questions ou confidences sur la vie sexuelle de la victime ou de l’agresseur, propositions sexuelles, incitation à la prostitution …
  • Le harcèlement non-verbal:  Regards appuyés, gestes équivoques, jeux de langues…
  • Les violences psychologiques: sexisme, chantage émotionnel et affectif, humiliations répétées, dénigrement, menace de kidnapper les enfants, contrôle de la victime (qui se joint aux violences physiques, par exemple en décidant de la tenue vestimentaire de la femme, en décidant de ses déplacements et ses activités…)
  • Les violences institutionnelles et juridiques: inégalités et discriminations explicitement ou implicitement reprises dans les lois du pays comme le Code de la Famille et les provisions actuellement maintenues sur la CEDAW* , absence de la dimension genre dans la conception des politiques publiques,  mauvais traitements aggravant la situation des victimes de violences sexistes comme conséquences des négligences  des structures étatiques censées protéger les victimes (commissariats,  centres d’accueil et refuges, hôpitaux…)
  • Les violences économiques: priver la femme/fille de son salaire ou d’une partie de celui-ci, la priver de son droit à l’héritage, empêcher la femme de travailler …
  • Les violences alimentaires: ce type de violences s’appliquent principalement aux femmes physiquement dépendantes de leurs compagnons ou d’autres hommes de leurs familles, qui les privent de nourriture pour les affaiblir physiquement et leur faire du chantage.
  • Les violences gynécologiques et obstétricales: ce type de violence très peu abordé se réfère au fait de perpétrer des actes gynécologiques ou obstétricaux sur les femmes: sans leur consentement ou sans leur avoir expliquer les portées et conséquences de ceux-ci.

Et bien sur les plus « connues » (mais pas plus traitées):

  • Les violences physiques: coups, blessures, châtiments corporels, avortements forcés, homicides (dont les crimes « d’honneur »
  • Les violences sexuelles: viol – dont le viol conjugal, qui est le fait de forcer l’épouse à avoir des relations sexuelles sans son consentement– frôlements, attouchements, baisers, exhibition sexuelle, exploitation sexuelle et prostitution forcée, mutilations génitales.

un-faux-tutoriel-beaute-contre-les-violences-faites-aux-femmes-1030744_w767h767c1cx500cy250Ines, bloggeuse marocaine qui a fait en 2016 un « tuto beauté »* pour dénoncer les violences faites aux femmes.

Aussi, il est très fréquent que ces types de violences s’accumulent et s’accentuent pour certains collectifs de femmes, parmi elles:

  • Les femmes souffrant de maladies graves/chroniques ou handicap
  • Les femmes migrantes et/ou réfugiées, pendant leur périple et à leur arriver dans la région ou pays de destination
  • Les femmes vivant dans des zones de conflits armés et/ou sous occupation
  • Les femmes de couleurs
  • Les femmes âgées

2- Les injonctions sexistes et patriarcales du type « A7amli yak  rajlek/sahbek/babak/khouk »(tu dois le supporter, c’est ton époux/ copain/ père/ frère); les discours qui réduisent les femmes à un rôle de poule pondeuse et/ou de servante, l’injonction à la « féminité » tout azimut…

3- La victimisation des auteurs de violences et la culpabilisation des victimes:

« Ida drebha tkoun kesh ma daret » (s’il la frappait c’est qu’elle a dû faire quelque chose), « 3lech 9ele9tih aalabalek nerveux » (Pourquoi tu l’as énervé tu sais qu’il est nerveux!), « Cheftiha kifeh kherjet labsa hiya tanite » (T’as vu comment elle était habillée quand même) ou le plus cynique de tous  » Allah yerhamha, mechi 7a9 aalih bessah yadra wesh daretlou, errajel mechi mahboul ye9telha bla sebba » (Paix à son âme, mais je me demande ce qu’elle a bien pu faire pour qu’il la tue. – commentaire véridique-). 

4- Un climat social, institutionnel et juridique qui ne favorisent pas la libération de la parole des victimes et qui les dissuadent de dénoncer les sévices qu’elles subissent. Celles-ci se transforment dans beaucoup de cas en « victimes à vie », c’est-à-dire, des femmes qui subissent différents types de violences de manière fréquente et répétée toute leur vie. 

De la difficulté de dénoncer les violences sexistes

En parlant des VFF, on voit souvent que l’on a tendance à très rapidement passer au jugement de la victime en s’indignant qu’elle n’ait jamais parlé à personne de son /ses agression(s) et que donc finalement c’était forcément soit faux soit consentis (?).

Paradoxe oblige, lorsque celle-ci sort de son silence, on lui reproche de… ne pas l’avoir fait plus tôt. Or quand les femmes parlent, surtout celles qui subissent des violences conjugales ou des harcèlements sexuels sur leur lieu de travail (tous domaines et secteurs confondus) elles se voient quasi- systématiquement accusées de diffamation.

Dans le cas ou l’agresseur est le mari ou le père, le professeur ou l’imam du quartier par exemple, la parole de la victime est souvent battue en brèche sous prétexte que l’agresseur est «  un bon père de famille » ou est connu pour être « quelqu’un de bien », wlid familiya.. Il est aussi fréquent que celui-ci soit juste excusé car considéré comme ayant droit sur la victime.

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Dans le cas de harcèlement sur le lieu de travail, les femmes victimes de violences se voient très rapidement mises dans la ligne de mire, les obligeant à supporter en plus des sévices, un climat de doute perpétuel, des accusations et des discours du style « elle a du vouloir quelque chose de lui et il a refusé alors elle veut salir sa réputation », pour beaucoup, oser dénoncer son agresseur équivaut à une fin de carrière.

Bien que j’essaye moi même de faire en sorte de briser la culture du silence, il est aussi nécessaire de ne pas faire du « shaming » contre celles qui n’osent toujours sauter le pas, car vraisemblablement les raisons qui poussent à prendre une telle décision sont nombreuses, parmi elles je cite:

  • Honte (liée au point de culpabilisation de la victime que j’ai traité au début)
  • Peur de ne pas être crue, surtout si l’agresseur est un personnage public ou a une certaine notoriété
  • Peur des représailles (physiques dans le cas des violences domestiques et conjugales , licenciements et diffamations à l’encontre des victimes dans le cadre professionnel ou si l’agresseur a autorité sur la victime, etc.)
  • Manque de professionnalisme et de formation des instances responsables de la prise en charge des victimes de violence: cela représente un danger supplémentaire pour ces femmes avec un risque d’aggraver leurs traumatismes (incompétence et insensibilité des policiers/gendarmes chargés de prendre les plaintes, médecins légistes, psychologues, et même avocats et juges.)
  • Manque de soutien de la part de l’entourage et minimisation du phénomène, ainsi qu’une absence d’alternative (comme c’est le cas des femmes en situation financière précaire)
  • Absence de protection juridique et sociale
  • Troubles psychologiques liés au traumatisme dû aux violences, qui ne permet pas aux victimes de se rappeler de tous les détails importants de leur agression

Pourquoi il est important de parler de tout cela? Car entre tabous, désinformation sexiste et considérations profondément patriarcales, il nous est encore difficile en Algérie de réaliser des progrès substantiels pour inverser la donne. Malgré les timides avancées au niveau législatif, la réalité du terrain peine à suivre et les moyens déployés pour sont clairement insuffisants, particulièrement en ce qui concerne la prévention des violences mais aussi la prise en charge des victimes. Car il est plus qu’évident que sans plan d’action exhaustif à déployer et qui soit concret et mesurable, ainsi qu’une forte volonté politique et sociale d’attaquer le fond et les bases des VFF au lieu de se concentrer -que faiblement- sur les conséquences et sur les actions purement répressives, tous les efforts que l’on pourra faire dans ce sens se verront dilués dans un océan d’indifférence et d’incompétence et… ce n’est pas ce à quoi nous devons aspirer.

En ce 25 novembre, honorons les mortes, et engageons nous pour protéger les vivantes! Engageons nous à mettre la pression nécessaire sur les autorités pour provoquer les modifications législatifs nécessaires. Participons activement au changement culturel et social, au changement de « âaqliya », et rappelons-nous aujourd’hui plus que jamais, qu’il n’y a pas de démocratie sans droits des femmes.

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Crédit photo: collages féminicides 


* Quelques chiffres sur les VFF dans le monde par ONU FEMME

*Lien vers le Tuto beauté dénonçant les VFF

Cet article a été publié le 1er décembre 2017 et actualisé le 25 novembre 2019.

Qui a réellement mis les femmes saoudiennes derrière le volant? (Traduction)

Qui a réellement mis les femmes saoudiennes derrière le volant? (Traduction)

Ceci est une traduction faîte par mes soins, de la colonne « Who really put Saudi women behind the wheel? » rédigée par Mona Eltahawy et publiée sur le NYTimes le 18 juin 2018. 

 

Le féminisme terrifie les autoritaristes.

Pour quelle autre raison le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman – l’héritier d’une monarchie absolue qui règne depuis 1932 sur un pays nommé en l’honneur de son patriarche – détient Loujain al-Hathloul, une étudiant diplômée de 28 ans, sans donner de nouvelles d’elle?

Pourquoi aurait-il, après avoir été salué sur les «60 Minutes» de CBS pour «émanciper les femmes» à la veille d’une visite aux États-Unis d’Amérique en mars dernier, envoyer des forces en mai pour arrêter 17 militantes des droits des femmes, dont Mme Hathloul, et Aisha al -Mana, 70 ans, directrice des hôpitaux et d’un collège des sciences de la santé qui a subi un AVC l’an dernier?

Quelle menace peut constituer un professeur de 60 ansà la retraite , Aziza al-Yousef – une mère de cinq et une grand-mère de huit qui a également été arrêtée – qui mérite un journal pro-gouvernemental mettant sa photo en première page sous le titre  » Vous et votre trahison avez échoué « ?Et que doit-on faire d’une page entière dans ce journal dans laquelle le mot « traître » à l’encre rouge est estampillé sur des photographies éditées pour ressembler à des photos de prisonniers de sept des 17 militantes des droits des femmes arrêtées en mai? Parmi eux, Eman al-Nafjan, professeure de linguistique et mère de quatre enfants, dont un enfant en bas âge.

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6 activistes des 17 arrêté.e.s en mai dernier par les autorités saoudiennes.

La réponse à ces questions est simple: les plus hautes autorités de l’Arabie Saoudite semblent vouloir préciser que ce n’était pas le plaidoyer courageux de ces féministes qui a mené à ce moment, quand le royaume est sur le point de lever finalement son interdiction de conduire des femmes, mais plutôt la grâce d’un prince héritier engagé dans un révisionnisme féroce. Permettre aux féministes de célébrer ce qui est, à tous égards, une victoire de leurs années d’activisme nourrirait l’idée que l’activisme fonctionne – un truisme que les autoritaires détestent.Cela explique pourquoi le mois dernier, Mme Hathloul, Mme Mana, Mme Yousef et Mme Nafjan – trois générations de militantes des droits des femmes – ont été arrêtées et des dizaines d’autres ont été interdites de voyager à l’étranger, alors même que l’Arabie saoudite se prépare pour au 24 juin, jour de lever définitive de la seule interdiction e conduire aux femmes du monde.

Les militant.e.s des droits des femmes ont été accusé.e.s de communiquer avec des organisations opposées au royaume. Le 3 juin, l’Arabie saoudite a temporairement libéré huit des dix-sept. Dans un communiqué publié par Reuters, le procureur a déclaré que les neuf détenus avaient « avoué », mais que la déclaration ne les avait pas nommés.

Quand vous voyez une vidéo pro-gouvernementale sur les médias saoudiens saluant un « moment monumental dans l’histoire de l’Arabie Saoudite » montrant un policier donnant une licence de conduire à une femme, souvenez-vous que ce sont les femmes détenues qui méritent le crédit pas une monarchie absolue et ses clercs ultraconservateurs qui ont conspiré pour maintenir les femmes dans la mainmise du patriarcat.

Pour éviter tout doute sur les allégeances religieuses, Reuters a rapporté le 2 juin que le chef de la police religieuse – la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice – avait « salué la déclaration du procureur et mis en garde contre les groupes et individus « viser la sécurité et la stabilité du gouvernement ». « 

Pour les alliés et amis occidentaux, le prince Mohammed est heureux de faire la promotion de ce que Norah O’Donnell de « 60 Minutes » appelle ses réformes « révolutionnaires », et de jouer le jeu. Pendant ce temps, il y a peu ou pas d’opposition sur la campagne de bombardement sur le Yémen qu’il a commencé il y a plus de trois ans. Cette campagne a tué des milliers de civils. Le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, a été l’un des rares Américains à avoir rencontré le prince héritier et, en public, a mis l’accent sur les droits de l’homme pendant la tournée américaine de trois semaines en Arabie saoudite.

Au cours de cette tournée, le prince héritier a négocié des contrats d’armement avec le président Trump et a rencontré des célébrités d’Oprah Winfrey et de Dwayne Johnson à Jeff Bezos et à Bill Gates. Depuis qu’il est rentré chez lui, un peu plus d’un mois plus tard, le prince Mohammed, qui avait insisté sur le fait que les femmes étaient «absolument» égales aux hommes, a précisé que la liberté est donnée par lui plutôt que par les activistes féministes. cherché l’égalité.

Mme Mana et deux autres femmes arrêtées à la mi-mai dans le cadre de la répression contre les militant.e.s des droits des femmes (les trois ont depuis été libérées) ont participé à la première manifestation du royaume en 1990, au cours de laquelle 47 femmes ont été arrêtées.

Les arrestations en mai des dirigeant.e.s de cette génération de féministes plus âgées, ainsi que des plus jeunes comme Aziza Al-Yousif, Mme Nafjan et Mme Hathloul, qui ont tous pris part à des manifestations plus récentes contre l’interdiction de conduire, s’additionnent à une tentative d’effacer l’activisme féministe transgénérationnel.

Pendant des années, la famille royale et les ecclésiastiques ultraconservateurs qui ont donné sa légitimité ont dénigré le féminisme et les femmes qui ont contesté ce que j’appelle l’apartheid de genre «occidental» et «étranger». Mais ces militants détenus ont été accusés de «traîtrise» dans les médias pro-gouvernementaux et ils ne sont rien de tout cela. Ce sont des citoyen.ne.s saoudien.ne.s honnêtes. Parmi eux, il y avait également des hommes. En fait, parmi les personnes arrêtées en mai, il y avait au moins trois hommes – des avocats et des militants pour les droits des femmes.

Pendant des décennies, le régime saoudien a écarté toute tentative de critiquer son dossier abyssal sur les droits des femmes en revendiquant une forme d’exception. Il s’est enveloppé dans une interprétation ultraconservatrice de l’islam imposée aux membres du public, qui ont été décrits comme «non prêts» pour que les femmes aient plus de droits.

Les femmes et leurs alliés masculins détenus par le prince Mohammed ont démoli ces excuses. Pendant les vagues de protestation, les femmes ont posté des vidéos d’elles-mêmes et d’autres qui ont bafoué l’interdiction. De leur propre compte, des camarades sur la route leur ont partagé des démonstrations de soutien, comme un pouce levé. Les femmes ont également partagé des histoires de soutien de leurs parents qui les accompagnaient lors des manifestations ou qui se rendaient dans les commissariats de police pour récupérer après leur arrestation.

Certains ont suggéré qu’en arrêtant des activistes des droits des femmes maintenant, le prince Mohammed cherche à apaiser des éléments plus conservateurs en Arabie Saoudite qui sont contrariés par ses «réformes».

Mais peut-être la plus grande menace que les féministes détenues représentent pour lui et le régime saoudien est que leur travail courageux a toujours été plus fort que l’abolition de l’interdiction de conduire. Il s’agit d’abolir le système de tutelle, l’incarnation du patriarcat qui rend les femmes de perpétuelles mineurs et qui ont besoin de la permission d’un père, d’un frère ou même d’un fils pour voyager, étudier, se marier ou avoir accès à certains services gouvernementaux.

Au début de cette décennie, il n’y a pas eu de révolution politique en Arabie Saoudite, comme en Tunisie, en Egypte et dans d’autres pays du «printemps arabe». Mais une révolution sociale a bien commencé.

Son avant-garde n’est pas un prince héritier qui prétend être un émancipateur de la femme. Les vrais leaders sont les féministes qu’il a détenues et interdites de voyager pour avoir osé revendiquer leur liberté.

Pour ceux qui ont longtemps considéré comme irréaliste la révolution des féministes saoudiennes, rappelez-vous que les féministes irlandaises, elles aussi, ont longtemps été dits qu’il était impossible de faire disparaître l’emprise de l’Église catholique sur leur pays. Le mois dernier, alors que l’Arabie saoudite arrêtait les féministes, l’Irlande saluait ses féministes pour avoir défait le patriarcat conservateur en abrogeant, dans un référendum populaire, l’amendement constitutionnel qui interdisait tous les avortements.

Il y a bien une raison pour laquelle le féminisme terrifie les autoritaristes.

Soumeya Lerari.

Clara Campoamor, la « sufragette » espagnole par excellence

Clara Campoamor, la « sufragette » espagnole par excellence

« Les femmes représentent plus de la moitié de la nation et il n’est pas possible de faire un travail législatif sérieux en laisant plus de la moitié de la nation » – Clara Campoamor
Clara Campoamor (Madrid 1888- Lausanne 1972) est l’une des figures historiques les plus importantes en Espagne. Fervente défenseuse du vote féminin, elle prît cette bataille en mains dans un contexte historique difficile, celui de l’Espagne des années 30.
Retour sur la vie d’une femme à qui la société, et les femmes espagnoles en particulier doivent beaucoup.

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« Vous avez le droit que vous a octroyés la loi, la loi que vous avez vous même faite, mais vous n’avez pas le droit naturel, le droit fondamental qui se base sur le respect de tout être humain et tout ce que vous faisez c’est détenir le pouvoir; Laissez donc la femme manifester et vous verrez comment vous ne le détiendrez plus… » –  Discours de Clara Campoamor devant les « Cours Génerales ». 1er octobre 1931

Très tôt, Clara commence à travailler pour contribuer aux dépenses familiales après le décès de son père, ce qui l’obligea à arrêter ses études.
En 1914, elle passe avec succès le concours de recrutement au Ministère de l’Instruction Publique et devient professeur d’adultes. Cependant, n’ayant pas le baccalauréat, elle ne pourra qu’enseigner la sténographie et la dactylographie. Animée par la passion du droit, elle décide alors de poursuivre ses études tout en travaillant comme dactylo au sein du même Ministère mais aussi en tant que secrétaire dans le journal « La Tribuna ».
Elle obtiendra son baccalauréat et continuera son parcours universitaire en droit, ce qui lui permit de forger ses idéaux féministes et républicains et lui permit également de collaborer dans des associations oeuvrant pour la défense et l’émancipation des femmes. C’est d’ailleurs en 1923 qu’elle participe à un cycle sur le Féminisme, organisé par la « Jeunesse Universitaire Féminine ».
Une année plus tard, Clara Campoamor obtient sa licence et commence à exercer en tant qu’avocate, un fait qui était en ce temps chargé de revendications. Elle devient en 1925 la deuxième femme affiliée au barreau de Madrid.
Clara fût l’avocate qui prît en charge les premiers et les plus célèbres cas de divorce en Espagne (qui, rappelons-le, était interdit par la loi jusqu’en 1931), comme celui de l’écrivaine Concha Espina de son mari Ramón de la Serna y Cueto, ou encore celui de l’actrice Josefina Blanco, de son mari Valle-Inclán.

Elle fût aussi la première femme espagnole à intervenir devant la Cour Suprême et à avoir développé des travaux de jurisprudence sur les questions relatives aux droits et à la situation juridique des femmes en Espagne.

Quelques années plus tard, elle se lance aux côtés de collègues européennes dans la création de la Fédération Internationale des Femmes des Professions Juridiques et contribue également à la fondation de la Ligue Féminine Espagnole pour la Paix, qui travaillait en collaboration avec Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté .

 

Alors que l’Espagne vit sous la dictature de Primo de Rivera, Clara s’allie au camp des Républicains. Après la dictature, elle se présente aux élections constituantes de la 2ème République et est élue députée du Parti Radical à Madrid. Elle fût alors la première femme à participer à la rédaction de la Carta Magna et à parler dans une Cour espagnole.
C’est ainsi qu’elle utilisa sa position pour établir la non-discrimination basée sur le genre, l’égalité juridique des enfants (filles et garçons) nés d’un mariage ou hors de celui-ci, le divorce mais surtout le suffrage universel, le fameux « vote féminin ». Elle obtiendra toutes ses revendications sauf le vote féminin qui passera par moultes débats à l’Assemblée et mènera au lancement du mouvement suffragettes en Espagne.
Pour cela, elle affronta non seulement l’hostilité des membres de son propre parti, mais aussi celle de la députée socialiste Victoria Kant, qui s’était érigée en fervente opposante du vote féminin, arguant que cela mettrait en péril l’existence des parties de gauche, considérant que si les femmes accédaient au droit de vote, celles-ci voteraient majoritairement à droite.
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Après une longue bataille, Clara Campoamor réussit son pari. Elle est considérée comme la principale artisane de la loi sur le vote féminin, repris dans l‘article 36 paru en 1931, qui consacra l’égalité entre citoyens et citoyennes espagnol.e.s agé.e.s de plus de 23 ans dans l’exercice du droit de vote.
Dans son discours à l’occasion de l’approbation du vote féminin, elle déclara:

Cette question n’est pas abordée du point de vue du principe, qui est très clair, et dans votre conscience elle a un impact, c’est un problème d’éthique, d’éthique pure pour reconnaître aux femmes, êtres humains à part entière, tous leurs droits. (…) Mesdames et messieurs les députés, j’ai prononcé mes derniers mots dans ce débat. Pardonnez-moi si je vous dérange, je crois que c’est ma conviction qui parle; que devant un idéal que défendrai jusqu’à la mort; que je mettrais, comme je l’ai dit hier, la tête et le cœur dans la balance, de la même manière Breno plaça son épée, de sorte qu’elle serait encline au vote de la femme, et qu’en plus je continue à penser, et non par vanité, mais par conviction intime, que personne comme moi ne sert en ce moment la République espagnole.

Néanmoins, Clara signe sa « mort » politique au lendemain de la victoire du parti de droite CEDA lors des élections de  1933, les premières auxquelles ont participé les femmes espagnoles.
Aussi, le manque d’intérêt que portait le Parti Radical aux questions liées aux discriminations et inégalités subies par les femmes la conduit alors  à abandonner le parti. Elle tenta, en vain, d’organiser un nouveau parti qui mettrait ces questions au coeur de ses préoccupations politiques.
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Clara finit par s’exiler (en France, en Argentine puis en Suisse) après le coup d’état perpétré par le général Franco en 1931 contre la République Espagnole, sans avoir eu la chance de revenir chez elle, puisque c’est en Lausanne qu’elle est décédée en 1972.
Elle laissa derrière elle un héritage important de lutte féministe, et une riche bibliographie, ayant écrit plusieurs livres traitant du vote féminin en Espagne, mais aussi du Républicanisme et de la politique en général. Parmi ses ouvrages:
  • Le vote féminin et moi: le pêché mortel
  • La révolution espagnole vue par une républicaine
  • La pensée de Conception Arenal
  • Espagne, la condition de la femme dans la société contemporaine

Une association féministe oeuvrant pour la défense des droits des femmes portant son nom a été fondée en 1985 et est toujours active à ce jour.

S.L

La historia de Leyla, o como quitar el velo de indiferencia que tapa las experiencias de las mujeres argelinas

La historia de Leyla, o como quitar el velo de indiferencia que tapa las experiencias de las mujeres argelinas

Ante todo, me gustaría aclarar que las experiencias de las mujeres argelinas, como las de todas las mujeres de este mundo son diversas y diferentes.  Asimismo, al decir "mujeres argelinas" NO quiero decir todas la mayoría sino, que son bastantes (mujeres) como para contarlo

No pretendo necesariamente conseguir un cambio con estas pocas líneas, pero si sacudir consciencias y quitar el velo de la indiferencia sobre la realidad de muchas mujeres de mi país. Esta historia es una entre miles de historias de mujeres argelinas vulnerables y marginalizadas. Mujeres abandonadas por sus familias, la sociedad, y peor aún, po las autoridades. Mujeres cuyas experiencias parecen ser invisibles o más bien invisibilizadas.

Leyla es una mujer sin techo que vive en las calles de la capital argelina, Argel. Hace algunos años, su familia la echó de casa al descubrir que estaba embarazada cuando todavía no estaba oficialmente casada. (Hecho legalmente condenable en Argelia.)

Una sentencia tan dura es más común de lo que la gente quiere pensar, pero la ausencia de estadísticas oficiales y estudios sobre el terreno hace que sea difícil cuantificar ese fenómeno.

Abandonar su casa fue el comienzo de una larga serie de sufrimientos sucesivos, cada uno más duro de soportar que el siguiente.

Sin gran sorpresa, el padre de su bebé desapareció y se negó a reconocer a su futura niña. Leyla, que acababa de comenzar una vida aterradora en las calles de Argel, estaba más preocupada por protegerse a si misma y a su bebe que no quería abandonar, que por hacerse cargo del papeleo que permite la filiación legal de la niña a su madre. Esto resultó en que su hija sea ahora básicamente «sin identidad»., lo que significa que no está reconocida como ciudadana argelina y, por lo tanto, no puede beneficiarse de ningún apoyo o simplemente de ningún derecho, incluido el derecho a ir a la escuela.

Como cualquier sin techo, Leyla sobrevive con la poca ayuda de desconocidxs que contribuye como pueden para mantenerla. Muchas veces acampa en la entrada de un popular bar de la capital argelina, ya que dice que «las personas que frecuentan el bar son las más generosas con ella».

Ni condiciones meteorológicas extremas, ni fiestas ni cualquier tipo de ocasión ha cambiado sustancialmente el destino de Leyla, quien seguía soportando las espantosas condiciones de estar en la calle con una niña en los brazos, en el « país de la dignidad » (como lo dice la lema del gobierno argelino).

El tiempo pasa y aquí está Leyla embarazada de nuevo. Esta vez, no por una relación sexual consentida sino como consecuencia de una violación. No creo que hace falta dar más detalles aquí. Dejaré a su imaginación todo lo que significó e implicó para ella, para su niña pequeña y para su futuro bebé. A pesar de la adversidad, Leyla se negó nuevamente a abandonar a su segundo hijo, otro hijo «ilegítimo», como si cualquier ser humano pudiera ser ilegítimo o ilegal.

Mientras tanto, su madre que probablemente se sentía culpable, se propuso cuidar de la niña, que ahora era mayor, y la llevó a la ciudad de Batna, a la (gran) casa familiar. Lo que dio a Leyla mucha esperanza para su futuro.

Finalmente, consiguió  un trabajo de  limpieza algunas horas al día y ganar algo de dinero para mantener a su hijo recién nacido. Con la ayuda de otra mujer, incluso pudo alquilar una habitación en una casa familiar, no sin condiciones: salir a las 6 de la mañana y regresar antes de las 6 de la tarde. De lo contrario, tendría que dormir nuevamente en la calle.

Desafortunadamente, esta situación no duró mucho, y su madre la llamó después de un mes para anunciarle que ya no podría quedarse con su hija porque la familia se negaba a tener una niña « ilegítima » en casa.

Intento, sin éxito, entender cómo funciona el destino, el Mektúb. ¿Alguna gente está « destinada » a vivir una vida de dolor, desgracia y tormento?, ¿Están aquí para ser una prueba viviente de que nuestras sociedades están lamentablemente fallando en proporcionar las formas más básicas de dignidad a las personas que la forman? ¿Son lecciones para nosotros? ¿Lecciones de luchas necesarias para un sistema más democrático y equitativo que proteja a lxs ciudadanxs ? ¿O son lecciones de resiliencia, coraje y fuerza para todos los que alguna vez consideraron a las mujeres como el « sexo débil »?

Independientemente de su respuesta, queridxs lectorxs, esto no cambiará nada en el curso de este viaje grotesco que es la vida de millones de mujeres, tanto en Argelia como en el resto del mundo.

Y porque las malas noticias siempre vienen juntas, la semana pasada, Leyla perdió a su segundo hijo, en la más implacable indiferencia de todxs. Ah… sí, está embarazada por tercera vez, nuevamente después de haber sido violada. A estas alturas, ¿quasi no os sorprende esto verdad?

Esta semana, las calles de la inmaculada « Alger la Blanche » están manchadas por la sangre de un pequeño ángel inocente. Esta semana, como todas las semanas, las calles de Argel claman justicia para sus mujeres y lloran una historia de indiferencia demasiado común .

 

Texto escrito originalmente en Inglés en abril 2017.

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